Jean Chapleau


Le parcours
d'un éducateur spécialisé

Accompagnement d’un stage d’intervention en Afrique

De février à avril 2012, j’ai accompagné, à titre de professeur-superviseur (bénévole) un groupe de 11 stagiaires en Technique d’éducation spécialisée du cegep Saint-Jérôme, dans un stage d’intervention à Fonakeukeu, au Cameroun.

Nous étions deux accompagnateurs, dont le professeur responsable du projet, Mario Léveillé.

Après plus d’une année de préparation, de campagnes de financement, de rencontres de groupe, de lectures, nous sommes partis le 4 février 2012 pour neuf semaines d’intervention dans les écoles du petit village camerounais.

Nos interventions se sont réalisées dans quatre institutions différentes du village : deux écoles primaires, une maternelle et quatre classes au lycée.

C’était la première fois que ces écoles recevaient des stagiaires en Technique d’éducation spécialisée. Auparavant, ils avaient accueilli des stagiaires en enseignement.

Il va sans dire que nous avons dû faire tout un travail d’information quant au rôle et aux fonctions de l’éducateur spécialisé dans les écoles. Il nous a fallu, tout au long du projet, faire la distinction entre l’enseignant et l’éducateur spécialisé.

Ce fut aussi tout un choc pour nous de constater comment fonctionnait le système éducatif au village et aussi, dans certaines villes avoisinantes. Système d’éducation d’inspiration française, les classifications des degrés scolaires différaient du nôtre. En plus, et c’est ici que le choc fut plus grand, la pédagogie était des plus traditionnelles. C’est-à-dire, enseignement magistral, apprentissage par cœur, aucun travail en équipes en classe, matériel pédagogique pour les élèves quasiment inexistant. Pour appuyer cette pédagogie, les professeurs, pour la grande majorité, optaient pour une discipline de fer, allant jusqu’à la correction physique (certaines classes du primaire surtout).

Notre intervention a surtout mis l’accent sur des alternatives à cette discipline plutôt militaire. Nous sommes intervenus sur la gestion de classe, en favorisant des techniques plus démocratiques. Ce travail se faisait toujours en collaboration avec les enseignantes et enseignants. Constamment, nos stagiaires leur transmettaient le fruit de leurs observations sur la dynamique de la classe et sur certains élèves ayant soit des difficultés d’apprentissage, soit des problèmes de gestion comportementale.

Les stagiaires ont aussi alimenté les professeurs par le biais de textes sur l’intervention, de tableaux sur les différentes techniques d’intervention dans le quotidien et de trucs sur la gestion de la classe.

Il s’est fait aussi des activités soit de rattrapage scolaire, en prenant des sous-groupes d’élèves à part; soit d’enseignement par le médium du travail d’équipe en classe; soit par des activités pédagogiques tels les jeux, les quiz, l’étude en petits groupes; soit des activités de groupe sur les heures du dîner ou aux récréations.

L'accueil des professeurs face à ces nouvelles façons de faire a été, de façon générale, très favorable. Plusieurs professeurs s’enquéraient des observations faites par les stagiaires sur leurs élèves en difficulté, demandaient conseils et trucs pour le fonctionnement en classe.

Plusieurs professeurs ont adapté leur enseignement à ces nouvelles interventions. Les stagiaires sont devenus, pour certains d’entre eux, semblables à des conseillers pour la gestion de classe.

Cette expérience fut somme toute très positive et profitable pour les professeurs et j’ose croire, pour les élèves. Nous avons constaté plusieurs changements dans la pédagogie de certains professeurs.

Évidemment, ce projet nécessiterait des suites, un suivi auprès de ces écoles, afin de valider les changements et d’offrir un «rafraîchissement» des techniques utilisées. Par contre, le financement restera toujours le talon d’Achille de ce type de projet.